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3 juin 2008
Sur ma carte de visite, il est écrit « conseiller en expérience utililisateur ». Pour plusieurs, je suis « ergonome », ce qui est le cas. Cela dit, l'expérience utilisateur est un domaine beaucoup plus vaste que l'ergonomie ou l'utilisabilité. Mais qu'est-ce que l'expérience utilisateur au juste?
Il y a quelques semaines, Kim Auclair publiait un billet définissant l'expérience utilisateur comme étant « le terme désigné lorsqu’on donne le goût à l’utilisateur de revenir sur une interface numérique ». J'aime bien cette définition toute simple puisqu'une expérience utilisateur agréable incite à la répétition, que ce soit sur un site Web ou dans une boutique, un restaurant, etc.
Pour moi, l'expérience utilisateur, c'est l'émotion ressentie par un utilisateur lorsqu'il utilise un service (Web ou humain) dans l'atteinte d'un objectif. Se procurer un iPod et avoir l'air « cool », obtenir la meilleure paire de billets disponibles pour le spectacle de Louis-José Houde, impressionner un client important en l'emmenant manger dans un bon restaurant sont autant d'exemples d'objectifs.
L'expérience utilisateur n'est pas limitée au Web. Bien entendu, ce volet est important. Il donne souvent le ton à l'expérience utilisateur d'ensemble, mais il n'est pas seul. Par exemple, un produit acheté en ligne qui arrive endommagé à domicile gâche tout, même si ça s'est bien déroulé sur le Web. C'est comme un mauvais café qui sabote un excellent repas. Tout, je dis bien, tout est important dans l'expérience utilisateur.
L'expérience utilisateur d'ensemble est un savant assemblage de l'expérience :
Exemple 1 : Je veux un iPod!
Michael (toute ressemblance est fortuite) voit une publicité d'Apple à la télévision lui vantant l'iPod et iTunes. Répondant émotivement au design attrayant et « cool », Michael ne cesse de penser au iPod.
Afin d'en savoir plus, il visite le site Web d'Apple. La page d'accueil est simple. Le lien le menant aux iPods est bien en évidence.
Michael peut comparer les iPods et choisir celui qui répond le plus à ses besoins. L'ambiance du site est à l'image d'Apple, c'est-à-dire épurée. On y parle un langage compréhensible. Par exemple, lorsqu'on parle de la capacité d'un iPod, on indique non seulement l'espace en giga-octets mais aussi en nombre de chansons.
Le prix du iPod que Michael a choisi est clairement affiché. Il en est de même des frais de livraison (c'est gratuit!). Le délai d'expédition est aussi indiqué. Pour commander, Michael n'a qu'à cliquer sur le bouton « Acheter »... ce qu'il fait sans hésitation!
Une fois la commande passée, Michael reçoit un courriel de confirmation de la part d'Apple afin de l'informer que sa commande a bien été reçue. Au moment où la commande quitte l'entrepôt, Apple informe une fois de plus Michael par courriel que son iPod est en route et qu'il peut le suivre d'étape en étape.
Quelques jours plus tard, Michael reçoit son iPod en parfait état. L'ouverture de la boîte contenant le iPod est une expérience en soi (NDLA : il y a des gens qui prennent en photo l'événement que représente le déballage de leur iPod).
La pile étant chargée et l'interface étant d'une renversante simplicité, Michael peut utiliser son iPod immédiatement. Heureux voire fier de son baladeur, il n'hésite pas à le montrer à tous ses amis.
Exemple 2 : Je veux payer un bon repas à un bon client!
Pierre désire remercier un bon client en l'emmenant manger dans un bon restaurant de Québec. Il a beaucoup entendu parler (en bien il va sans dire) du Clocher Penché et désire en faire l'expérience.
À leur arrivée, Pierre et son invité sont accueillis par du personnel attentionné et sympathique. Ils sont invités à prendre place à une table tout près d'une fenêtre. Le restaurant est éclairé et aéré (on n'y est pas cordé comme des sardines). Une musique agréable joue en sourdine, ce qui fait qu'on peut tenir une conversation sans avoir à hausser la voix.
Le menu est simple, ce qui ravit Pierre et son invité. Enfin un endroit où on n'a pas à choisir son repas dans un menu qui en comporte des dizaines, sans compter les options! Pierre choisit donc le tartare de saumon et demande à Rémi, le serveur, de lui trouver un vin qui accompagnerait adéquatement son mets. L'invité de Pierre décide lui aussi de tenter l'expérience « tartare ».
Dans les minutes qui suivent, Rémi apporte un Sémillon-Chardonnay australien qui est un pur délice. Le tartare qui suit est frais, délicat et juste assez relevé. La présentation est soignée et rend le tout fort appétissant. Chaque bouchée est un pur délice. Le service de Rémi est discret et efficace, ce qui fait que Pierre et son client ne sont pas constamment interrompus par un « Tout va à votre goût? ».
Pour terminer le tout, Pierre commande un allongé et la crème du café (crema) est parfaite. Qui plus est, le lait qui l'accompagne a été moussé à la vapeur. Tout a été fait pour que ce repas soit agréable et mémorable.
L'addition ne comporte pas d'erreur et le paiement s'effectue en quelques minutes (il n'y a rien de pire que d'attendre 15 minutes pour payer quand on a terminé un repas).
À son départ du restaurant, Pierre et son client sont salués et remerciés de leur visite par le personnel du restaurant. Satisfait de son expérience (son client a a-do-ré!), Pierre va sûrement retourner au Clocher Penché pour partager une nouvelle expérience gastronomique avec sa bien-aimée samedi prochain.
Comme on peut le constater, l'expérience utilisateur est partout. L'émotion qui en résulte est ce qui permet d'en mesurer la qualité, tout comme le degré de répétition.
Ma recommandation : connaissez votre clientèle, répondez à ses besoins (et non les vôtres!) et ayez une vue d'ensemble de l'expérience utilisateur. N'oubliez pas, le Web n'est que le commencement. Certes, il faut y porter une grande attention mais il faut aussi voir plus loin que le bout de son fureteur!
Écrit par Daniel le juin 3, 2008 07:00 PM
Pas facile à définir ... de multiples composantes, de multiples leviers!
Pour ma part je préfère dire que je suis "au service de l'expérience utilisateur" ou que je conçois des interfaces pour au final "réussir l'expérience utilisateur". Le problème reste entier cela dit.
On trouvera toujours telle ou telle définition trop restrictive, c'est pourquoi j'apprécie le modèle de JJ Garrett qui me permet d'introduire en douceur la façon dont je peux intervenir sur une mission. J'en parle ici.
À part ça, le focus sur l'émotion me va plutôt bien, d'autant que c'est une vraie tendance. Ces aspects émotionnels, affectifs se retrouvaient bien dans la dimension "satisfaction" de l'utilisabilité (efficace, efficient, satisfaisant) mais étaient-ils moins bien mis en avant ...
C'est Norman qui va être content!
Écrit par: jc-Qualitystreet le juin 3, 2008 09:16 PM
J'aime particulièrement les exemples donnés et je suis du même avis que Daniel. Il faut prendre le temps de bien servir nos clients et surtout de leur faire un suivi.
Je prends par exemple un fournisseur internet qui constate une erreur dans le code de notre site et qui prend la peine de nous écrire, même si son mandat est terminé depuis plusieurs mois. On ne s'y attend pas à avoir des nouvelles et on apprécie le temps qu'il nous accorde ! Ça, c'est une belle expérience ! :)
Écrit par: Kim Auclair le juin 4, 2008 03:38 PM
Bonjour Daniel,
Ah, l'expérience utilisateur... Quel sujet ! Ton billet en parle bien, avec une dominante sur l'aspect émotif de l'expérience.
Je crois qu'il est aussi important de considérer les volets cognitif (ou intellectuel) et viscéral lorsque nous traitons de l'expérience utilisateur.
Pour reprendre l'exemple du restaurant Clocher penché -- merci de me l'avoir fait connaître ! --, le cognitif est couvert par exemple par la simplicité du menu ; le viscéral par ce qu'il y a dans l'assiette. Il s'agit donc d'aspects qui viendront étayer le ressenti favorable de cette expérience.
Je crois que ces aspects cognitif et viscéral doivent être traités, certes à leurs niveaux respectifs d'importance selon le contexte, pour favoriser une expérience utilisateur satisfaisante. Ainsi, au travail, la dimension cognitive prendra probablement une plus grande importance, compte tenu du contexte du travail. Dans un contexte différent, par exemple pour un achat, la dimension émotionnelle pourra avoir préséance, comme tu l'as explicité.
L'expérience utilisateur se vit donc en multi-domaines, avec l'emphase sur un ou plusieurs selon le contexte.
Écrit par: Martin le juin 6, 2008 05:08 PM
Effectivement, l'experience utilisateur va beaucoup plus loin que le simple web. Le web n'étant d'ailleurs qu'un des touchpoints (points de contact) que l'utilisateur a avec une marque. Les autres pouvant être la hotline, les hotesses, les vendeurs, le packaging, etc
Je m'attendais à ce que tu donnes un exemple négatif d'experience utilisateur, car souvent dans ce cas là, ca marque. J'ai eu la chance de faire une mission pour un client où j'ai de A - Z vécu cette expérience utilisateur et ce que le client attendait de savoir en plus de ses forces, ce sont ses faiblesses! Car c'est en en prenant conscience qu'il va pouvoir en faire des forces ;-)
Écrit par: de Robiano le août 18, 2008 10:24 AM
C'est impossible. Je n'écoute pas la télé. ;)
Mais euh... Pour ce qui est de prendre des photos en déballant, je plaide coupable. ON plaide coupable en fait, on achète ça en paire nous les ipods... ;)
Écrit par: Michael le juin 3, 2008 08:21 PM