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Une question de sous-culture

Les sous-cultures me fascinent. Gothiques, amateurs de western qui font leur pélerinage annuel à St-Tite, geeks ou végétariens, tous méritent notre attention au moment de leur concevoir un site Web.

Une sous-culture m'intéresse tout particulièrement : les motocyclistes (puisque j'en fais partie). Plus intéressant encore, cette sous-culture se décline en d'autres sous-cultures. Par exemple, les conducteurs de Harley-Davidson sont fort différents des conducteurs de BMW. Cette différence se situe notamment au niveau du style de vie réel, projeté ou souhaité (ce que Don Norman nomme le « niveau émotionnel réflectif Â»).

Les motos Harley (avec leur gueule d'enfer) sont présentées comme le moyen ultime d'exprimer sa liberté. D'ailleurs, les propriétaires de Harley (et leurs conjointes) obéissent à un code vestimentaire bien précis : casque de type « bol Â» sans visière, vêtements de cuir... et j'en ai vu plusieurs cet été en chandail ou en camisole! Ces derniers se sentent « invincibles Â» sur leur Harley, donc hors de question de porter des vêtements de protection (casque fermé, veste avec dorsale, etc.). Je tiens à préciser qu'il s'agit ici d'une simple observation et non d'un jugement. J'avoue parfois les envier lorsque le mercure avoisine les 30'C mais bon, je conduis une béhème et les conducteurs de béhèmes ne se baladent pas en bédaine...

Revenons à nos moutons, euh à nos Harley. Le son du moteur d'une Harley est aussi très important, à un point tel qu'Harley-Davidson a tenté à maintes reprises de le faire breveter (sans succès).

Ce qui me fait dire qu'on parle ici d'un véritable culte Harley-Davidson plutôt que d'une simple sous-culture.

Ce culte se réflète dans le site de Harley-Davidson (qui soit dit en passant est probablement un des meilleurs sites de fabricants de motocyclettes). Tout respire (ou transpire!) le culte Harley. Ça sent la liberté, le cuir et le gaz. J'entends presque le son de la Harley en sourdine.

HarleyFree.jpg

La page des propriétaires des-dites bécannes est aussi révélatrice :

Harley.jpg

Certes, tous les propriétaires de Harley n'ont pas cette geule mais ça démontre à quel point la culture « rebelle Â» est importante. Une telle photo ne saurait figurer sur le site de BMW ou de Honda.

Donc lorsque vient le temps de concevoir un site Web pour une sous-culture, il est important de bien connaître ses membres en les interviewant ou en les observant (ce que j'ai fait une bonne partie de mon été). Autrement, comment pourrait-on concevoir?

Ce que vous devez savoir pour réaliser une enquête utilisateurs express

Logo Boxes and Arrows

Boxes and Arrows a publié aujourd'hui mon article sur la réalisation d'enquêtes utilisateurs express.

La version française suivra sous peu...

Pour mieux connaître la clientèle de la SAAQ

La direction des communications de la Société de l'assurance automobile du Québec m'avait confié le mandat de connaître sa clientèle, les raisons pour lesquelles elle interagit avec son organisme, ses objectifs, ses préoccupations, ses attentes ainsi que ses incompréhensions.

P_MA.jpg Pour ce faire, j'ai interviewé individuellement 45 employés de la SAAQ qui sont en contact direct avec la clientèle (préposés, agents, contrôleurs routiers, évaluateurs, etc.). Ces personnes extraordinaires et généreuses de leurs propos m'ont dit tout plein de choses intéressantes, surprenantes, inattendues, amusantes, incroyables… et parfois touchantes.

Après avoir compilé et analysé une quantité impressionnante de notes, j'ai produit : 1. un rapport d'une vingtaine de pages résumant ce qui m'a été dit par les employés et le résultat de l'analyse sous la forme de personnages, 2. un jeu de cartes de tous les personnages pour utilisation lors de réunions de travail, 3. quelques personnages en grandeur nature et finalement, 4. une présentation de 90 minutes à près de 70 personnes de la SAAQ afin de leur communiquer ma démarche, ce qu'on m'a dit ainsi que les personnages résultants (présentation que j'ai faite vendredi dernier).

Voici d'ailleurs de quoi avait l'air la salle avant que le tout ne débute (on peut y voir les personnages en grandeur nature, de gauche à droite : nos ados Marc-André et Sabrina, Raoul notre septuagénaire, puis Laurence l'accidentée et Pierre le conducteur de poids lourds) :

P_SAAQ.jpg

La SAAQ se promet d'utiliser les résultats de cette enquête pour ajuster son site Web, ses communications écrites, son système de réponse vocale interactive (RVI), bref, tous ses modes d'interaction avec sa clientèle.

Si je me fie aux commentaires reçus à la suite de la présentation, je crois que les gens de la SAAQ ont apprécié =). Ah oui, j'oubliais... le tout a été produit en moins de 20 jours-personnes.

Suite du panel du Webcom...

Juste au moment où le panel auquel je participais hier devenait intéressant, on a du l'interrompre puisque le temps était écoulé (soupirs). Voici donc ce que j'aurais ajouté ou répété en conclusion :

1. Il n'y a pas de trop petit projet pour faire une enquête utilisateurs. Point. Mieux vaut faire une mini-enquête que de ne pas en faire du tout.

2. Lorsqu'on ne peut pas parler aux vrais utilisateurs, que ce soit pour des raisons de temps, d'argent ou autre, on peut interviewer des tiers qui sont en contact direct avec ces derniers (p. ex. des préposés aux renseignements, des vendeurs, etc.). Pour l'avoir expérimentée à plus d'une reprise, cette approche produit des résultats intéressants dans un délai raisonnable.

3. En règle générale, une enquête utilisateurs peut être réalisée en 20-30 jours-personne. Bien entendu, selon l'ampleur de votre projet ou si votre compagnie est une mutinationale, il se peut que ça prenne un peu plus de temps.

4. Voici quelques livres pour en savoir plus à propos des enquêtes utilisateurs :

Comment optimiser l'interface de son site en fonction des différents types de clientèles

Voici l'essentiel de mon propos présenté lors du Webcom 2007 de Montréal.
© 2007 - Daniel Lafrenière, Tous droits réservés.

Pourquoi optimiser? Selon moi, on optimise l'interface ou plutôt on conçoit l'interface d'un site en fonction des différentes clientèles pour parler leur langage, pour répondre à leurs objectifs, pour leur procurer une expérience agréable... le tout, bien entendu pour vendre plus et mieux cibler la publicité sur le site.

Et avant même de penser à optimiser l'interface de son site en fonction des différents types de clientèle, il faut commencer par la connaître! Ne pas connaître les clients équivaut à adopter une approche « suppositoire Â», c'est-à-dire basée sur des suppositions ou de fausses perceptions... le tout menant à une solution « buffet chinois Â». On dirait que certains concepteurs pensent qu'en concevant pour tout le monde, on répond aux besoins de toutes les clientèles (soupirs).

Il faut connaître le client. L'âge, le sexe, le langage, l'appartenance à un groupe, les questions, les préoccupations, les incompréhensions, les objectifs et les déclencheurs sont autant de renseignements que je veux, que je dois, en tant que concepteur, connaître.

Par la suite, on analyse tout ce qu'on a colligé. On identifie les similitudes et les différences. On analyse aussi les données de cybermétrie s'il y en a. On cogite, on brasse le tout, on laisse reposer quelques heures voire quelques jours. Puis on modélise et on présente le fruits de nos recherches. Pour ce faire, j'aime bien les personnages, tout simplement parce qu'ils permettent de bien communiquer.

Soulignons qu'il n'y a pas de solution universelle, de recette unique puisque plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. Cet amalgame de facteurs laisse une empreinte unique qui va influencer directement la conception du site. Plus la barre est longue, plus la différence sur ce facteur est marquée entre les différentes clientèles.

Empreintes

Sur le site de la Ville de Trois-Rivières, le citoyen n'a pas les même raisons d'interagir avec la ville que l'homme ou la femme d'affaires ou le touriste. Chaque clientèle a ses déclencheurs, ses objectifs, ses préoccupations spécifiques. Il y a peu de dénominateurs communs.

C'est exactement le contraire qui se produit sur le futur site de la Commission des normes du travail. Il y a très peu de différences en termes d'objectifs de la part des employeurs et des salariés : les deux veulent savoir quoi faire lorsqu'un événement survient et chaque partie veut savoir ce que l'autre s'est fait dire... d'où un design favorisant la transparence.

Prenons cet autre exemple. Le site de Ardène est l'archétype du site conçu pour les adolescentes. Tout sur le site reflète cette réalité : le choix des couleurs, des mots et bien entendu des produits vendus.

Sur Amazon, c'est une toute autre approche. L'optimisation du site se fait essentiellement sur la base des objectifs et du langage spécifique à une sous-culture (par exemple : les designers d'interfaces Web, les amateurs de science-fiction, etc.). Prenant la forme du « Les clients qui ont acheté cet article ont aussi acheté Â», la conception adaptée à la clientèle d'Amazon est redoutablement efficace à tout point de vue.

Finalement, le manufacturier de sacs Timbuk2 a aussi conçu un site en fonction des sous-cultures de sa clientèle qui souhaite se distinguer de la masse en personnalisant son produit. Ici, ce n'est pas le site qui est personnalisé à proprement parler mais le produit!

Qu'est-ce qu'on doit retenir de tout ça?
1. Il n'y a pas de recette universelle.
2. Connaissez votre clientèle.
3. Engagez des professionnels.

Le pouvoir insoupçonné d'un surligneur

Il était une fois un concepteur à qui on a donné le mandat de réaliser un site intranet afin de permettre à chaque employé de l'entreprise de consulter sa fiche personnelle. Celle-ci contient entre autres son adresse, sa date d'embauche, les heures supplémentaires réalisées ainsi que les absences pour maladies ou vacances.

Les employés de ladite entreprise ont déjà cette information par l'entremise d'un rapport papier qui leur est distribué chaque mois. Afin d'économiser du temps, le concepteur compte reproduire intégralement ce rapport sur l'intranet. Aussi, il a regardé ce qui se faisait ailleurs et a bien aimé ce qu'il a vu. Il aimerait bien importer ces idées.

Premièrement, on ne reproduit jamais, j'ai bien dit jamais un rapport papier sans se poser de questions du genre « Est-ce encore utile ? Â», « Quels sont les renseignements qui sont réellement consultés par les employés ? Â», « Pour quelles raisons ? Â». Idem pour la refonte d'un système ou l'informatisation d'un formulaire papier.

Afin d'avoir réponse à ces questions, il suffit de rencontrer quelques employés dans différents secteurs (une vingtaine devrait suffire), de leur donner une copie papier du rapport et de leur demander de surligner les renseignements les plus consultés. Temps de réalisation : 10 Ã  15 minutes par employé, ce qui représente grosso modo 5 heures d'ouvrage. Je crois que c'est raisonnable...

Surligneur

Par la suite, compilez les résultats et n'affichez que ce qui est vraiment utile pour l'atteinte des objectifs des utilisateurs.

Deuxièmement, on n'utilise pas une idée vue ailleurs sans se poser de questions. Ce n'est pas parce que c'est supposément bon pour les autres que c'est bon pour nous. Il faut s'assurer que ce qu'on importe dans notre organisation soit réellement utile pour nos utilisateurs.

C'est ça faire du design raisonné !

Étude de cas (2e partie) : produire des personnages

Le 19 février dernier, je vous avais présenté la première partie d'une étude de cas afin d'expliquer le processus entourant une enquête utilisateur. Voici enfin la seconde partie qui consiste à dériver des personnages à partir des données recueillies.

On se rappelle que pour bien connaître les utilisateurs du projet Web-Lunch, on est allé observer et interviewer des étudiants dans quelques services alimentaires du campus de l'université. Voici les profils d'utilisateurs identifiés :

Pers_1.jpg

Fait amusant, on s'est inspiré d'un trait de caractère des utilisateurs pour élaborer les profils de ces derniers. Cette façon de faire n'est pas obligatoire. Toutefois, j'ai trouvé cette idée fort intéressante (le crédit en revient à l'équipe composée de Jacinthe Croisetière, Guillaume Gagné-Gauthier, Alexandre Giguère-Duchesne et Nathalie Roy ... bravo !).

Notez que ça fait beaucoup de profils, ce qui n'est pas un problème pour le moment. Il faut maintenant tenter de regrouper les différents profils sur la base d'objectifs communs. À cette étape, il faut généraliser sinon on risque d'avoir des personnages en double, ce qui compliquera la tâche du concepteur ultérieurement.

Prenons par exemple le 3e groupe (rangée du milieu) : le sportif, l'étranger, l'allergique, celui qui suit un régime et le malade. Ceux-ci partagent un objectif commun qui est de savoir ce qu'ils peuvent/doivent manger. Par exemple, celui qui est allergique aux oeufs doit s'assurer que le repas qu'il va commander n'en contient pas. Celui dont la religion lui interdit la consommation de certains aliments doit aussi s'assurer que le repas qu'il va commander n'en contient pas. Le sportif de son côté veut probablement manger beaucoup de protéines. Celui qui suit son poids veut éviter certains aliments, etc. Vous voyez où je veux en venir ?

Pers_2.jpg

Finalement, on se choisit un personnage pour représenter chaque groupe de profils d'utilisateurs :

Pers_3.jpg

Puis vient le temps d'identifier le ou les personnages principaux (ceux qui ne sauraient se contenter de l'interface d'un autre personnage), les personnages secondaires (ceux qui se contenteraient de l'interface conçue pour un autre personnage) et facultativement l'anté-personnage (celui pour qui on ne veut pas concevoir).

Pers_4.jpg

Dans cette étude de cas, Marie-Ève est assurément un personnage principal. Elle doit savoir précisément ce qu'elle mange (elle représente le groupe des sportifs, étrangers, allergiques, ceux qui sont au régime et souffrant d'une maladie). Marie-Ève ne saurait se contenter de l'interface conçue pour William ou Joanne.

François est notre second personnage principal. Ayant un budget plutôt limité, le prix d'un repas est un facteur déterminant. Une interface où le prix ne serait présenté qu'en 2e plan ne le satisferait pas.

William et Joanne sont des personnages secondaires puisqu'ils n'ont pas de besoins particuliers et que l'interface conçue pour Marie-Ève et François risque de les satisfaire de toute façon.

Antoine est notre anté-personnage puisqu'il s'apporte un lunch (dont il raffole) préparé avec amour par sa maman. Antoine ne commandera certainement pas sur Web-Lunch.

Voilà ! On a maintenant nos personnages ? Nous verrons dans un prochain billet comment passer de ces personnages à la conception en passant auparavant par les scénarios.

(Illustrations © Guillaume Gagné-Gauthier, 2006. Reproduites avec permission.)

Présentation des résultats

Pour faire suite à mon précédent billet, je vous propose une façon toute simple de présenter vos résultats d'enquête utilisateur (avant même de produire les personnages).

Vous n'aurez souvent guère plus de 20 minutes pour présenter le fruit de votre enquête. Allez droit au but et limitez-vous à 10 diapositives. Évitez d'en dire trop, allez à l'essentiel ! À cet effet, je vous propose le plan de présentation suivant :

Présentation des résultats

[1] : Titre de votre présentation : « Enquête utilisateur pour le projet Web-Lunch Â».

[2] : Mise en contexte afin que l'auditoire sache de quel projet vous allez parler. C'est l'introduction, le « quoi Â». Dans le cas qui nous concerne, cette diapositive présenterait brièvement le mandat, c'est-à-dire « Connaître comment les utilisateurs choisissent un repas pour le projet Web-Lunch qui consiste en ... Â».

[3] : Le « qui Â», c'est-à-dire ceux qui furent l'objet de l'enquête utilisateur : le nombre d'utilisateurs (hommes/femmes), profil social, etc. Par exemple : 40 Ã©tudiants (20 hommes, 20 femmes), dont 10 étrangers et 10 sportifs.

[4] : Le(s) lieux où l'enquête a été réalisée, c'est le « où Â». Par exemple : le pavillon Desjardins, le PEPS, etc.

[5] : Le « quand Â», c'est-à-dire les moments de la journée, de la semaine, du mois ou de l'année où l'enquête a eu lieu (si requis). Par exemple, on voudrait peut-être vérifier s'il y a des différences dans les choix alimentaires de la semaine et ceux de la fin de semaine.

[6] : La démarche employée pour connaître les utilisateurs, le « comment Â». Par exemple : entrevues, observations, envoi de sondages, etc.

[7] : Ce qu'on a voulu savoir, c'est-à-dire le sujet des questions posées ou des observations effectuées. Par exemple : le prix, les allergies alimentaires, les préoccupations d'ordre religieux, etc.

[8, 9] : Présentation des résultats. Les diagrammes à barres horizontales et les pointes de tarte sont de bonnes façons d'illustrer les fruits de l'enquête utilisateur.

Graphiques

[10] : La conclusion mettant en évidence ce qui est ressorti de l'enquête utilisateur.

Voilà, rien de bien compliqué ! Ce faisant, vous aurez démontré que vous avez bien fait votre travail et votre client-payeur n'en sera que satisfait !

Étude de cas (1ere partie) : connaître les utilisateurs

Dans le cadre du cours « Utilisabilité multimédia Â» que j'enseigne au 1er cycle à l'Université Laval, j'ai donné le travail pratique suivant à mes étudiants :

Une entreprise appelée Web-Lunch veut offrir un service de livraison de repas aux étudiants et aux membres du personnel de l’Université Laval.

Le concept est le suivant : où que soit le client sur le campus, celui-ci peut commander via un site Web un repas ou un goûter de son choix et il lui sera livré dans l’heure qui suit. Ce service est disponible 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, 365 jours par année.

Cette entreprise vous engage afin de mieux connaître les utilisateurs potentiels d’un tel service. En équipe de 5 personnes, employez une des approches présentées en classe (observation, entrevue, sondage) pour bien connaître l’utilisateur, son contexte, sa tâche et bien entendu ses objectifs. Vous pouvez utiliser plus d’une approche.

Notez que ce travail pratique servira d’intrant au prochain travail pratique qui consistera à élaborer une distribution de personnages.

À titre d'information, cet exercice suit immédiatement la matière enseignée en classe sur la connaissance de l'utilisateur. Cela dit, comment vous y prendriez-vous ?

Avant tout, il est important de bien saisir ce qu'il faut faire (!). Il ne s'agit pas de réaliser une étude de marché, mais plutôt de connaître les utilisateurs de Web-Lunch pour concevoir un site Web qui réponde à leurs objectifs. Ça semble évident, mais c'est une erreur fréquente.

Ainsi, on évitera des questions du genre :« Combien de fois mangez-vous à la cafétéria par semaine ? Â» ou « Commanderiez-vous votre lunch par Internet ? Â» ou encore « Combien seriez-vous prêt à payer pour un repas ? Â», questions dont les réponses ne contribueront en rien à la conception du site.

On optera plutôt pour des questions comme : « Comment choisissez-vous votre repas ? Â», « Avez-vous un budget concernant les repas ? Â», « Souffrez-vous d'une allergie alimentaire ? Â», « Souffrez-vous d'une maladie comme le diabète, l'hypercholestérolémie, l'hypoglycémie, etc. ? Â» qui pourraient se résumer par « Y a-t-il des aliments que vous ne pouvez pas manger ? Â», « Y a-t-il des aliments que vous devez manger ? Â», « Suivez-vous un régime alimentaire ? Â», « Si oui, pourquoi ? Â», « Pourquoi avez-vous choisi ce repas ? Â», et ainsi de suite. On pourrait même combiner certaines de ces questions pour en arriver à moins de questions. Mieux vaut quelques bonnes questions que beaucoup de questions inutiles.

Aussi, j'éviterais les questions d'âge et de sexe puisqu'on peut très aisément en déduire les réponses lors des entrevues.

Le but de cette enquête utilisateur n'est pas de savoir si les étudiants utiliseraient Web-Lunch. Le but est de savoir ce qui influence un utilisateur lorsqu'il achète un repas ou se prépare un lunch.

Maintenant que l'on sait ce qu'on veut connaître, il faut établir qui on veut observer et interviewer et où on veut le faire.

Étant donné que le concept de Web-Lunch s'adresse aux étudiants et aux professeurs d'un campus, j'aurais tendance à observer/interviewer en plus des étudiants nord-américains, des étudiants étrangers (la nourriture est on ne peut plus culturelle et parfois d'ordre religieux), d'autres qui fréquentent le PEPS (pavillon de l'Éducation physique et des sports), des étudiants qui vivent en résidence, 50 % de gars, 50 % de filles (les hommes et les femmes n'ont pas toujours le même rapport avec la nourriture), etc. Je viserais en tout une cinquantaine d'étudiants et une dizaine de membres du personnel. En complément, on pourrait aussi interviewer des préposés aux cafétérias pour en savoir plus sur ce qui, selon eux, influence le choix d'un repas.

Comme on peut le constater, le « qui Â» influence souvent le « où Â». Ce qui fait que l'enquête devrait avoir lieu dans des cafétérias fréquentées par les clientèles identifiées.

Dans un premier temps, je procéderais par observation puis par entrevue en utilisant les questions que j'aurai élaborées.

Je vous parlerai de la façon d'interpréter les données recueillies et comment en dériver des personnages dans un prochain billet.

N'inventez pas l'autre, découvrez-le !

J'ai entendu cette magnifique phrase pendant l'exposé du professeur Yves Negro à un séminaire traitant du développement commercial multicanal présenté à l'ENAP cette semaine.

Cette maxime s'applique autant au monde réel (p. ex. une institution financière) qu'au Web. N'inventez pas les utilisateurs, découvrez-les en prenant le temps de les observer, de les rencontrer et d'échanger avec eux. Comme l'a déjà dit David Kelley, fondateur de la célèbre firme de design industriel IDEO : « Le design, ça commence sur le terrain et non dans un bureau ! Â».

Interface de la Xbox 360

Dans un article (PDF : 2,7 Mo, 1 page) paru dans Create Magazine, on y lit que la firme qui a élaboré l'interface utilisateur de la Xbox 360 a utilisé les personnages* dans son approche de conception.

Interface de la Xbox 360

Bravo !

* personnage : modèle de l'utilisateur orientant la conception de l'interface utilisateur

Persona Non Grata (!)

Dan Saffer de l'équipe de Adaptive Path a publié un essai intéressant sur les personnages intitulé "Persona Non Grata".

En résumé, il dit que pour être efficaces, les personnages doivent être le fruit d'enquêtes utilisateurs et non pas celui de l'imagination des concepteurs d'interfaces.

Tout à fait d'accord ! (voir mon billet du 18 novembre 2004)

Les personnages selon Don Norman

Je viens de lire un billet de Don Norman concernant les personnages.

Trois grandes idées en ressortent : 1. les personnages représentent un moyen de communication hors du commun, 2. les personnages favorisent un design empathique puisqu’ils permettent aux concepteurs de vraiment focuser sur les utilisateurs et 3. les personnages peuvent être inventés sans enquête utilisateur.

Je suis d’accord avec ses deux premiers points. Cependant, j’émets des réserves face au 3e point parce que ça ouvre la porte aux stéréotypes et aux perceptions des concepteurs de ce que sont les utilisateurs. De plus, Norman ne fait aucunement mention des objectifs de l’utilisateur… ce qui est inquiétant quand on sait que ce sont justement ces objectifs qui influencent la conception.

Concevoir pour votre client Web, ce n'est pas sorcier !

« Concevez pour tout le monde et personne ne saura s’en servir. » Cette phrase ne saurait être plus vraie. La conception par personnages et leurs événements de vie évite ce problème. Ainsi, on n’aborde plus la conception de façon générique, c.-à-d. par les données, mais plutôt de manière spécifique en considérant le client comme étant la pierre angulaire de tout design qui lui est destiné. L'affiche (PDF : 424 Ko, 1 page) publiée lors de la JIQ 2004, illustre bien ces deux points de vue.

Dans une approche informatique, le concepteur s'intéresse principalement aux éléments de données au détriment des utilisateurs de la future application. Certes, les données sont de bons indicateurs lors de la conception d'une interface utilisateur mais elles sont loin d'être suffisantes.

Dans une approche client, le concepteur va en premier lieu chercher à bien connaître les utilisateurs et à les modéliser à l'aide de personnages : des archétypes d'utilisateurs qu'il a rencontrés et interviewés. Dans l'exemple d'une épicerie en ligne, on pourrait imaginer les personnages suivants :


- Tania, Martin, Rosemarie et Fred, une petite famille avec de jeunes enfants

- Roger et Louise, un couple de retraités

- Louis, un célibataire

- Maxime, un jeune étudiant qui habite en appartement


Par la suite, le concepteur identifie les événements qui font en sorte que ces personnages vont à l'épicerie. Par exemple, l'anniversaire d'un enfant, un souper romantique, une fête nationale, une recette vue à la télévision, etc. Le concepteur cherche ce qu'on pourrait appeler le "déclencheur".

Finalement, afin de faciliter la vie aux personnages en fonction de leurs événements de vie, le concepteur organise les données en information, c.-à-d. qu'il les traite afin de leur donner une certaine signification. Par exemple au lieu de parler de steak-blé-d'inde-patates, on pourrait parler de menus simples pour la semaine. Au lieu de parler de fromages légérs, on pourrait parler d'aliments qui permettent de respecter un certain régime alimentaire. Vous comprenez le principe ?

On sait qu’une épicerie physique ne peut offrir qu’un mode d'organisation physique. Cependant, lorsqu'on parle d’une épicerie en ligne, qu’est-ce qui nous empêche d’offrir différents modes d'organisation ?

Cette épicerie en ligne pourrait offrir une disposition en fonction de l’épicerie physique à laquelle on est habituée depuis des années. Ainsi, une configuration à la IGA, Métro, Maxi ou Loblaws pourrait être offerte afin de faciliter la navigation du client sur le site et d’y repérer rapidement les produits recherchés.

On est bien loin des données, ne trouvez-vous pas ?